La stratégie d'investissement

novembre 2020

Quel scénario post-élections américaines en présence d’un virus toujours actif ?

Depuis début octobre, l’attentisme a prévalu sur les marchés financiers. Les baisses de ces dernières semaines ont été effacées après l’élection américaine. Si son issue peut encore entrainer quelques incertitudes de court terme, l’horizon semble s’éclaircir à moyen terme aux Etats-Unis. En revanche, la situation sanitaire n’apporte pas encore de support réconfortant d’autant que la recrudescence de la pandémie touche également les Etats-Unis. Le contexte économique mondial continue à s’améliorer sauf en Europe. Il nous semble que les marchés actions resteront patients et que les risques de forte correction se sont atténués. Mais les perspectives sont bien différentes selon les marchés. L’évolution de la pandémie aux Etats-Unis pourrait entrainer quelques prises de bénéfices. Les replis éventuels seraient une opportunité de renforcer l’exposition sur les actions aux Etats-Unis, en Asie et sur les secteurs les plus favorisés, y compris en Europe. A moyen terme, nos conclusions sont inchangées, les perspectives nous semblent toujours favorables.

Depuis début octobre, l’attentisme a prévalu sur les marchés, comme nous l’escomptions. Les baisses de ces dernières semaines ont été effacées après l’élection américaine qui a déjoué bien des pronostics. Si son issue peut encore entrainer quelques incertitudes de court terme, l’horizon semble s’éclaircir à moyen terme aux Etats-Unis. En revanche, la situation sanitaire n’apporte pas encore de support réconfortant d’autant que la recrudescence de la pandémie touche également les Etats-Unis.

 

L’issue des élections américaines qui semble se dégager est la victoire de Joe Biden et le maintien d’une majorité républicaine au Sénat. La contestation du résultat, promise par Donald Trump, n’aurait pas d’impact durable. C’est donc le résultat que nous estimions le moins favorable qui en ressort et pourtant les marchés ne semblent pas s’en émouvoir. Ils semblent vaccinés contre tous ces aléas. Depuis le début de l’été, ils avaient joué successivement plusieurs scénarios (victoire de Trump, victoire incomplète de Biden, victoire totale des démocrates plus récemment) et aucun de ceux-ci n’avait entrainé de chute notable des indices américains mais plutôt des orientations sectorielles très marquées. Ainsi, le grand chelem démocrate attendu avait provoqué une sous performance des valeurs technologiques et une surperformance des valeurs moyennes par exemple. Bien évidemment, ces mouvements ont été en partie corrigés dès l’annonce des premiers résultats infirmant ce scénario.

La résilience des marchés américains tient en grande partie au soutien monétaire de la Fed, à la forte conviction qu’un plan de relance finira par être voté et à la situation économique du pays qui reste relativement meilleure qu’en Europe par exemple. Cette résilience se poursuivra-t-elle ?

Cette question nous ramène à l’examen de l’environnement économique et sanitaire mondial.

Les dernières statistiques publiées font état d’une situation économique très contrastée. La reprise a été très forte au 3ème trimestre de manière générale. Les signaux de tassement de celle-ci se confirment mais affectent surtout l’Europe alors que l’expansion se poursuit assez largement aux Etats-Unis et en Asie.

Pour l’instant, l’Asie fait preuve d’une meilleure maitrise de la pandémie et ses perspectives de croissance ne sont pas altérées. En Europe, la multiplication des confinements laisse présager d’un recul de l’activité au 4ème trimestre ce qui creuserait un peu plus la récession en 2020. L’ampleur de ce recul reste très difficile à évaluer. Il sera moins important qu’au printemps car le confinement est moins strict et de nombreux agents économiques ont adapté leur condition de fonctionnement. Cependant, les nouvelles mesures continuent à frapper les secteurs les plus fragiles (restauration, hôtels, transports…). Si le confinement prend fin dans les prochaines semaines, ce que nous espérons toujours, ou est allégé pour les commerces non essentiels, il n’est plus exclu qu’il se durcisse à nouveau en début d’année prochaine. Vivre avec le virus pendant plusieurs trimestres aurait pour conséquence une croissance ralentie ou une stagnation plutôt qu’un retour en forte récession comme au printemps. Les Etats-Unis pourraient connaitre à leur tour les mêmes évolutions mais beaucoup plus atténuées. Sous réserves des décisions de chaque Etat, il est probable que l’activité continue à progresser davantage qu’en Europe. Partout, le retour à une activité normale n’interviendra qu’avec la maitrise de cette pandémie, idéalement dans le courant de 2021. Dans l’intervalle, les Gouvernements devront donc maintenir des dispositifs de soutien dont l’ampleur diminuera progressivement.

Les évolutions en cours doivent nous amener à considérer non plus un contexte global pour les marchés mais des contextes locaux différents.

Quels sont les impacts de ces changements et quelles conclusions opérationnelles s’en dégagent ?

 

L’environnement s’améliore pour les actions américaines. La limitation des pouvoirs du nouveau Président réduira l’ampleur de ses réformes, ses hausses d’impôts et les menaces de régulation dans le secteur technologique, pharmaceutique et financier. Les marchés l’ont rapidement acté. Les déficits budgétaires seront moins importants ce qui réduira la hausse des taux d’intérêt à 10 ans mais aussi le potentiel de croissance de l’activité. Ceci devrait favoriser les secteurs en croissance et les valeurs à bonne visibilité qui avaient déjà bien performé depuis le début de la pandémie. A l’inverse, les secteurs sensibles à une relance budgétaire importante (soutien à la consommation, travaux d’infrastructures, les valeurs moyennes plus domestiques) seront moins recherchés, du moins pour l’instant. En résumé, les GAFAM seront encore à l’honneur.

Les pays émergents, et l’Asie principalement, vont bénéficier d’un triple effet, maitrise de la pandémie, croissance plus soutenue, baisse des tensions géopolitiques et commerciales sous une Présidence Biden. Les différents commerciaux des Etats-Unis avec la Chine ne disparaitront pas mais les négociations seraient plus paisibles. Les flux d’investissement se dirigeant vers l’Asie devraient assurer une surperformance des actions de ces pays.

Les actions européennes resteraient donc les moins favorisées, globalement, du moins tant que le Plan de relance européen n’est pas validé définitivement et que les confinements se poursuivent. Mais, elles profiteront quand même de la baisse des tensions géopolitiques et du soutien de la BCE. Dans ce contexte, les investisseurs rechercheront en priorité les secteurs et les valeurs qui bénéficient de l’environnement mondial plus favorable ou dont l’activité n’est pas trop menacée par la pandémie. Certains secteurs très sous évalués comme l’Automobile pourrait continuer à se redresser. Comme aux Etats-Unis, les titres les plus performants depuis le printemps devraient le rester.

Il nous semble que les marchés actions resteront patients. Une nouvelle dégradation sanitaire pèserait sans doute sur les indices, notamment aux Etats-Unis et en Europe mais de manière temporaire car les recherches médicales continuent et l’attente d’un vaccin reste très forte. Si la découverte d’un vaccin ne rétablira pas la situation économique en 3 mois, elle pourrait stimuler davantage et plus rapidement les marchés actions.

Les risques de forte correction nous semblent atténués d’ici la fin de l’année mais les perspectives sont différentes selon les marchés. Les indices sont tous revenus à leurs niveaux de début octobre, proches de leurs plus hauts niveaux pour certains. A court terme, l’évolution de la pandémie aux Etats-Unis pourrait entrainer quelques prises de bénéfices. Les replis éventuels seraient une opportunité de renforcer l’exposition sur les actions aux Etats-Unis et en Asie et sur les secteurs les plus favorisés y compris en Europe.

 

A moyen terme, nos conclusions sont inchangées. Les perspectives nous semblent toujours favorables grâce au redressement de l’économie mondiale qui découlera des progrès médicaux qui seront réalisés. Les soutiens monétaires persistants maintiendront les taux longs à un bas niveau ce qui renforcera l’attractivité des actions. Le potentiel de hausse de celles-ci est important malgré des valorisations parfois élevées sans que l’on puisse parler de bulle spéculative manifeste.

 

Nous avons conservé nos objectifs sur les indices à décembre 2020 et juin 2021. Ils peuvent paraitre ambitieux mais ils illustrent selon nous le potentiel de hausse des indices si les avancées médicales sur le Covid sont au rendez-vous.

Nous maintenons notre recommandation globale positive sur les actions à court et moyen terme, avec une légère surpondération. A court terme, nous continuons à privilégier les actions américaines (partiellement couvertes du risque de change) et d’Asie ex Pacifique et restons Neutre sur les actions européennes. Nous n’avons pas modifié nos recommandations sectorielles avec des positions assez équilibrées entre secteurs en retard et secteurs bien orientés.

 

Nous conservons notre opinion Neutre à court terme et Sous-pondérer à moyen terme sur les produits obligataires. Nous privilégions les emprunts d’Etat d’Europe du Sud à court terme et les obligations émergentes à moyen terme.

 

Lors de notre Comité d’Allocation d’actifs fin octobre, nous avons décidé de relever le poids des actions de 57 à 59% avec une augmentation des actions européennes, japonaises et asiatiques. Nous avons diminué le poids des produits de taux et nous avons relevé modestement celui des liquidités.

 

 

Vincent GUENZI

Directeur de la Stratégie d’Investissement

Achevé de rédiger le 6 novembre 2020.