La stratégie d'investissement

février 2021

Une petite correction qui n’entrave pas la tendance haussière.

Après trois semaines de hausse début janvier, les Bourses mondiales ont marqué le pas et annulé leurs gains annuels. Les craintes sur la situation sanitaire en Europe en sont à l’origine ainsi que des débouclements de positions spéculatives aux Etats-Unis. Si ces mouvements ont relancé des interrogations sur une nouvelle exubérance irrationnelle des marchés financiers, les perspectives de reprise de la croissance mondiale en 2021 restent encourageantes en raison de l’efficacité avérée des vaccinations. Grâce à elles, les marchés boursiers devraient garder une tendance haussière, encouragés par les soutiens monétaires et budgétaires. Le potentiel de progression des indices à 12 mois reste d’environ 5% à 10%. Il faut exploiter tout repli pour renforcer l’exposition en actions des portefeuilles et pour adapter leur composition sectorielle à la reprise économique naissante.

Après trois semaines de hausse, les Bourses mondiales ont marqué le pas et annulé leurs gains annuels fin janvier. Une fois encore, les craintes à propos de la situation sanitaire et du durcissement des restrictions de déplacement ont dominé. Elles ont touché plus rapidement les Bourses de la Zone Euro. Les Etats-Unis, moins enclins aux doutes, ont mieux résisté avant d’être frappés par une vague de débouclements de positions spéculatives qui a fait reculer les indices. Si ces mouvements ont relancé des interrogations sur une nouvelle exubérance irrationnelle des marchés financiers, les perspectives de reprise de la croissance mondiale en 2021 restent encourageantes en raison de l’efficacité avérée des vaccins. Grâce à eux, les Bourses devraient conserver une tendance haussière alors que les soutiens monétaires seront maintenus, que le plan de relance européen de 750 milliards sera mis en œuvre et que les plans de soutien budgétaire seront encore augmentés aux Etats-Unis.

 

Le mois de janvier nous a apporté plusieurs réponses globalement positives sur le plan sanitaire. L’épidémie de COVID-19 perd en intensité au niveau mondial. Le nombre de nouveaux cas mesuré journellement diminue malgré de fortes disparités parmi les pays. C’est le fruit des mesures de confinement, des restrictions de déplacements et des activités sociales mises en œuvre en Europe, mais aussi en Asie (au Japon, en Chine notamment). Même au Royaume-Uni touché par le nouveau variant du virus, le confinement produit son effet. Cependant la diffusion de ce dernier en Europe entretient les doutes et les craintes de nouvelles mesures restrictives puisqu’il semble être 50% plus contagieux. Parallèlement, l’efficacité des trois vaccins est prouvée et le processus de vaccination au niveau mondial ne pose pas de problème majeur en termes de production, de distribution, de stockage et d’acceptation par les populations ou d’effets secondaires. De plus, l’efficacité du vaccin de Pfizer ou de Moderna est confirmée face au variant anglais. Elle est plus incertaine pour celui d’Astra-Zeneca dont l’efficacité initiale était plus faible. Il est trop tôt pour tirer les mêmes conclusions pour le variant sud-africain (qui est heureusement assez proche du variant anglais) ou du variant brésilien qui sont beaucoup moins répandus. L’apparition de ces mutations du virus est sans aucun doute anxiogène même si Pfizer ou Moderna affirment être capables de faire évoluer rapidement leurs vaccins pour répondre à ces nouvelles menaces. Il est presque certain que le virus continuera à muter jusqu’à sa disparition ou jusqu’à ce qu’il soit maitrisé grâce aux vaccinations. Le pays le plus avancé sur ce point, Israël, qui a vacciné 60% de sa population à risque, a d’ailleurs enregistré une baisse des hospitalisations trois semaines après le début de sa campagne. Ce résultat très encourageant ne peut pas être extrapolé en Europe, qui est la grande perdante en ce début d’année, puisque la livraison des doses de vaccins y est très ralentie pour l’instant alors que le variant anglais n’est qu’en phase de diffusion précoce dans plusieurs grands pays comme la France ou l’Allemagne. Au vu de la dégradation rapide constatée au Portugal ou en Espagne, le risque d’une généralisation des confinements est loin d’être nul si les premières mesures adoptées ne ralentissent pas suffisamment la diffusion du virus en Europe. Faut-il s’en inquiéter ?

Certainement au plan de la santé publique mais moins au plan économique et boursier. Il ne faut pas oublier que les soucis de livraison des vaccins ou d’organisation des vaccinations vont se résorber progressivement. Plusieurs accords de fabrication sous licence ont été signés par des laboratoires pharmaceutiques. D’autres vaccins sont en phase terminale de test. Avec cette hausse des capacités de production, le virus finira par être maitrisé mais nous devons rester patients, prudents et confiants.

Nous avons déjà constaté qu’à chaque nouvelle période de confinement et de restriction, l’impact récessif sur l’activité était de moins en moins fort, du fait de mesures plus ciblées ou de l’adaptation de nos économies grâce au télétravail. Si la baisse d’activité du 4ème trimestre a été plus faible qu’attendue en Europe, elle devrait néanmoins se poursuivre au premier trimestre 2021 au vu du contexte actuel et entrainer un retour probable en récession après la forte reprise enregistrée au 2ème et au 3ème trimestre 2020. Avec le succès des campagnes de vaccinations, le rebond de l’activité interviendrait aux Etats-Unis et au Royaume-Uni dès le début du 2ème trimestre de cette année. Le reste de l’Europe attendra certainement la fin de ce même trimestre. En résumé, la croissance mondiale et celles des pays émergents sera bien positive en 2021. Elle dépassera sans doute les prévisions actuelles mais elle sera décalée et d’amplitude variable selon les pays.

Les marchés financiers s’en accommodent car ils regardent bien au-delà des prochains mois pour plusieurs raisons. 2021 sera l’année du rebond des bénéfices. Or, les estimations bénéficiaires 2021 n’ont pas été abaissées en Europe malgré le report de la reprise économique. Et aux Etats-Unis, elles continuent à être relevées grâce aux bonnes publications de résultats trimestriels. L’annonce par Joe Biden d’un plan de relance supplémentaire de 1900 milliards, dont le montant pourrait être réduit s’il recherche un accord bipartisan, alimente aussi la confiance des marchés financiers, encouragés en outre par les politiques des Banques Centrales. Par ailleurs, la Présidence de Joe Biden s’annonce plus sereine malgré une possible hausse de la fiscalité qui interviendrait au mieux en 2022 ou le doublement du salaire horaire minimum. Les projets plus radicaux de son programme ne sont pas d’actualité.

Le regain de volatilité des Bourses américaines dont la presse s’est récemment fait l’écho a alimenté de nouveaux débats sur la valorisation des actions, sur les excès de spéculation, sur le rôle des injections massives de liquidités de la FED ou encore sur l’endettement croissant des Etats et des agents économiques. Après avoir étudié tous ces aspects, nous maintenons une vue positive sur les actions dont les valorisations absolues sont élevées mais dont les valorisations relatives par rapport aux emprunts d’Etats sont attractives. Les bulles spéculatives restent très localisées, sur le bitcoin par exemple. Par ailleurs, le retour de l’inflation parfois évoqué nous semble trop incertain à court et moyen terme pour inquiéter les marchés actions ou les marchés obligataires. Enfin, la réduction de l’endettement ne passera pas forcément par des hausses d’impôts contreproductives ou une faillite des Etats, elle sera plutôt très lente mais inéluctable.

 

Les 10 derniers jours ont montré que des corrections restaient possibles. Elles devraient rester brèves et limitées (entre 3 et 6% de baisse pour les indices) du fait de l’abondance des liquidités et de la présence d’investisseurs en quête de bonnes affaires. Elles offrent de bonnes opportunités d’achat et permettent d’augmenter le potentiel de gain qui, en temps normal, est plus faible car les indices se rapprochent assez vite des objectifs qui sont relevés régulièrement.

 

La tendance de fond reste haussière et, à chaque repli, il faut renforcer l’exposition en actions des portefeuilles et adapter leur composition sectorielle à la reprise d’une nouvelle phase de croissance économique en introduisant des valeurs de qualité encore en retard dans ce cycle boursier.

 

Nous n’avons pas modifié nos objectifs sur les indices européens pour juin 2021 et décembre 2021 mais nous les avons relevés aux Etats-Unis et au Japon. Par rapport aux cours actuels, le potentiel d’appréciation à 12 mois est d’environ 10% en Europe, 7% aux Etats-Unis et 5% au Japon. Il reste beaucoup plus élevé pour de nombreuses valeurs encore très en retard du fait de la pandémie.

 

Nous maintenons notre opinion Surpondérer sur les actions à court et moyen terme. Nous restons Neutres sur les actions américaines et japonaises à court terme et Surpondérer en Europe et en Asie. A moyen terme, nos surpondérons les actions américaines, européennes et asiatiques. Nous n’avons pas modifié nos recommandations sectorielles (voir en p.13).

 

Nous conservons une opinion Sous-pondérer à court et à moyen terme sur les produits obligataires et sur les liquidités. Nous privilégions les emprunts d’Etat d’Europe du Sud à court terme, les obligations émergentes à moyen terme et les obligations convertibles à court et moyen terme.

 

Fin janvier, notre Comité d’Allocation d’Actifs a décidé d’alléger tactiquement le poids des actions américaines. Nous avons également relevé légèrement les poids des actions anglaises en réduisant celui des autres actions européennes. Nous avons relevé parallèlement le poids des produits de taux et abaissé celui des liquidités, des devises et matières premières.

Vincent GUENZI

Directeur de la Stratégie d’Investissement

Achevé de rédiger le 5 février 2021.