La stratégie d'investissement

mai 2019

La correction va créer des opportunités d’achat mais il ne faut pas se précipiter.

Après avoir poursuivi leur progression en avril, non sans bonnes raisons, les marchés financiers viennent de se replier après un regain de tensions dans les négociations commerciales sino-américaines. Il reste particulièrement délicat d’en deviner l’issue alors que Donald Trump a menacé d’appliquer une hausse des droits de douane dès cette semaine faute d’accord. La correction des Bourses devrait créer des opportunités d’achat d’autant plus que l’amélioration des perspectives conjoncturelles permet d’entrevoir un potentiel de hausse des indices un peu plus élevé.

Les marchés financiers ont poursuivi leur progression au mois d’avril sans à-coups majeurs.

Les statistiques publiées aux Etats-Unis ont fait état d’une activité soutenue et supérieure aux attentes au premier trimestre. En Europe, la croissance s’est également redressée à un rythme toutefois plus modéré et l’industrie est restée en ralentissement. Enfin en Chine, les mesures de soutien ont fini par stabiliser la croissance à un niveau satisfaisant.

En outre, les investisseurs sont restés persuadés de la signature imminente d’un accord commercial entre les Etats-Unis et la Chine.

Enfin les trois grandes Banques Centrales ont confirmé leur position très accommodante jusqu’à la fin de l’année.

Ce contexte a favorisé la hausse des actifs risqués (actions, obligations à haut rendement) grâce à un regain de confiance. Les secteurs cycliques et financiers, jugés en retard, en ont également profité. Le rebond des actions depuis le début de l’année s’est donc étoffé, il a gagné en qualité mais il n’a pas encore été accompagné de flux d’achat importants des investisseurs. La valorisation des marchés actions s’est tendue mais sans excès. En revanche, beaucoup de bonnes nouvelles ont été maintenant intégrées dans les cours et la baisse de la volatilité touche à ses limites. Autrement dit, il devenait difficile de poursuivre ce mouvement sans nouvelle amélioration réelle de la conjoncture, des prévisions de bénéfices ou du contexte géopolitique.

 

Or c’est plutôt l’inverse qui semble se produire en ce début de mois. Les toutes dernières enquêtes auprès des directeurs d’achat (Indices Markit) montrent que le rebond de l’activité perd en intensité dans toutes les zones, ce qui n’est pas anormal après plusieurs mois de reprise. Le durcissement des sanctions américaines envers l’Iran relance les tensions au Moyen Orient et alimente la hausse du prix du pétrole, ce qui peut constituer un risque pour la consommation. Enfin, plus récemment, la menace de Donald Trump de relever cette semaine les droits de douane sur les produits chinois fait craindre un échec des négociations commerciales en cours.

Naturellement, les indices boursiers ont perdu rapidement 3% en moyenne, les actions chinoises ou les secteurs les plus risqués accusant des replis plus importants.

Cette correction va créer des opportunités d’achat mais il ne faut pas se précipiter. Les négociations à haut niveau vont se poursuivre à Washington mais il est peu probable qu’elles se concluent cette semaine. L’instauration des taxes prévues pourrait relancer les craintes de guerre commerciale et inquiéter davantage les investisseurs. Il s’agit sans doute d’une tactique pour forcer la Chine à concéder un accord mais ses dirigeants ne vont pas céder immédiatement. Il nous semble que le repli des actions n’est pas assez important pour nous protéger des risques de déception supplémentaire. Il pourrait plutôt atteindre entre 5 à 7%.

Nous espérons que l’environnement global n’est pas en train de changer radicalement et qu’Américains et Chinois restent conscients des risques qu’ils font courir à leurs pays et à une économie mondiale encore fragile. Si un accord intervient avant l’été, il devrait permettre aux marchés de reprendre leur marche en avant.

Nous restons donc encore un peu prudents à très court terme mais nous sommes plus confiants pour les prochains trimestres.

Nous n’avions pas augmenté nos prévisions à fin juin compte tenu du risque de correction qui se précisait mais nous avons relevé nos objectifs pour la fin de l’année. Par rapport aux niveaux actuels, le potentiel de hausse est déjà de l’ordre de 5 à 7%. Néanmoins la vigilance sera nécessaire car le second semestre boursier ne sera sans doute pas aussi linéaire que les quatre premiers mois de l’année.

Nous n’avons pas modifié nos recommandations globales sur les actions, toujours Neutre à court terme et Surpondérer à moyen terme. A court terme, nous surpondérons les Etats-Unis et les pays émergents (Asie et Europe). Le Japon reste sous pondéré et nous avons abaissé l’Amérique Latine à Neutre à court terme.

Nous avons procédé à quelques ajustements sectoriels. Nous avons relevé la note à court terme des secteurs Construction & Matériaux, Services Financiers, Biens et Services Industriels et Technologie à Surpondérer, celle des Media à Neutre. Inversement, nous avons abaissé le secteur Pétrole & Gaz à Sous-pondérer à court terme et les secteurs Télécommunications et Tourisme & Loisirs à Sous-pondérer à moyen terme.

 

Nous conservons notre opinion Neutre à court terme et Sous-pondérer à moyen terme sur les produits obligataires. Nous avons relevé la note des obligations convertibles européennes à Neutre et abaissé celles des pays émergents à Neutre à court terme.

Dans notre allocation équilibrée, nous avons abaissé, fin avril, le poids des actions en Europe et au Japon tout en relevant celui des actions émergentes. Nous avons abaissé la pondération des produits de taux de manière assez large et nous avons relevé celle de la trésorerie.

 

Vincent GUENZI

Directeur de la Stratégie d’Investissement

Achevé de rédiger le 9 mai 2019.