La stratégie d'investissement

avril 2019

“Buy the rumor, sell the news?”

Les marchés financiers, tant les actions que les obligations, ont achevé le trimestre en forte hausse, se remettant du mini traumatisme du quatrième trimestre. De nombreux indices ont retrouvé leurs niveaux de fin septembre dernier grâce aux interventions des banques centrales américaine et européenne et à la perspective d’un accord commercial américano-chinois qui permettrait de relancer la croissance. Faudrait-il, comme le dit l’adage, vendre cette nouvelle après avoir acheté la rumeur ?

Les tendances engagées par les marchés financiers en début d’année se sont poursuivies au mois de mars. Les principaux facteurs d’animation n’ont pas changé.

Côté environnement économique, les statistiques ont confirmé une amélioration progressive et peu homogène. L’activité américaine semble corriger le creux passager du début d’année, marqué par la fermeture des Administrations et de mauvaises conditions climatiques. Ce sursaut s’appuie toujours sur la bonne santé de la consommation, la baisse du chômage, la hausse des rémunérations mais aussi sur une reprise des gains de productivité, garants d’une croissance peu inflationniste qui pourrait encore se prolonger. Sur ces bases, l’on comprend mieux la décision de la Fed qui a pu arrêter sa hausse des taux afin de ne pas accentuer les risques de ralentissement sans s’inquiéter d’une résurgence de l’inflation. Si la tendance à l’inversion de la courbe des taux a pu déconcerter les investisseurs et relancer brièvement les débats sur la fin du cycle américain, force est de constater que rien ne permet de conclure aujourd’hui à l’arrivée d’un fort ralentissement dans les 12 prochains mois.

En Chine, le mois de mars a apporté la confirmation que les plans de relance du Gouvernement, composés de baisses d’impôts et de taxes, de projets d’infrastructures régionaux financés à crédit, commençaient à produire leurs effets.

L’Europe reste dans une situation un peu moins favorable et les perspectives de croissance sont encore abaissées mais certains indicateurs signalent un début de redressement dans quelques pays. La contraction de l’activité industrielle tendrait à se résorber alors que l’expansion persiste dans les services, soutenue par la consommation et la baisse du chômage. Par ailleurs, la BCE, plus inquiète que sa consœur américaine, est venue ajouter une couche de baume supplémentaire, en proposant de réduire l’impact défavorable de ses taux d’intérêt négatif sur les banques.

L’espoir des marchés réside dans la signature prochaine d’un accord commercial assez vaste entre Etats-Unis et Chine qui ferait disparaitre l’épée de Damoclès qui menace le commerce mondial toujours mal orienté. Certes, mais cela sera-t-il suffisant ? Probablement oui aux Etats-Unis et en Chine. En Europe, il nous resterait à passer l’épreuve du Brexit et les élections européennes et surtout à relancer l’industrie. Or, notre industrie automobile reste dans le collimateur de Donald Trump. Ragaillardi par les conclusions du rapport Mueller qui l’ont, semble-t-il, blanchi des accusations d’entente avec la Russie, il se rapproche encore plus d’un second mandat. Après un succès avec la Chine, nul doute qu’il s’attèlera au cas de l’Europe. Les incertitudes n’ont pas toutes disparu.

Alors que les marchés financiers ont totalement intégré la nouvelle donne monétaire (les taux longs ont fortement baissé, des baisses de taux directeurs sont même anticipées aux Etats-Unis et les actions ont gommé les craintes de fort ralentissement), de nombreux investisseurs restent sceptiques et l’on pourrait prochainement assister à une consolidation un peu plus appuyée (« sell the news »).

 

Il ne faudrait pourtant pas s’en inquiéter mais plutôt en profiter. Depuis le début de l’année, la hausse s’est faite sans véritable interruption. Les titres de bonne qualité deviennent un peu chers et les titres plus risqués comme les valeurs automobiles n’attirent pas vraiment. Des achats sur repli seraient plus adaptés. Par ailleurs, de nombreux investisseurs institutionnels n’ont pas encore renforcé leurs positions en actions. L’environnement général tend à s’améliorer et les perspectives de croissance des résultats sont devenues plus raisonnables. Les valorisations des actions le restent aussi. Tous ces éléments seront de nature à limiter l’ampleur d’une correction.

Nous restons donc plutôt confiants pour les marchés actions jusqu’à l’été.

Cependant, nous avons peu augmenté nos prévisions à fin juin et à fin décembre qui sont proches des niveaux actuels des indices. C’est à cause du risque de correction à court terme. Mais le potentiel de hausse pourrait s’avérer plus important dans la deuxième partie de l’année quand l’accélération économique apparaîtra plus clairement.

Enfin, les marchés resteront bien orientés tant que l’inflation restera maîtrisée et que la croissance sera assez soutenue. Nous ajusterons nos prévisions graduellement à la hausse en fonction des évènements. En revanche, les évènements du premier trimestre permettent sans doute d’écarter le risque de forte baisse à court terme.

 

A moyen terme, nous resterons vigilants. Le thème de la fin du cycle américain reviendra un jour. La Fed pourrait également reprendre sa hausse des taux ou ne pas les baisser contrairement aux attentes des marchés. L’endettement des entreprises américaines ou chinoises fera de nouveau couler de l’encre. Toutes ces hypothèses retiennent notre attention mais il ne faut pas s’en inquiéter trop tôt.

Nous n’avons pas modifié nos recommandations globales sur les actions, toujours Neutre à court terme et Surpondérer à moyen terme. A court terme, nous surpondérons les Etats-Unis et les pays émergents. Le Japon reste sous pondéré mais nous avons relevé les actions européennes à Neutre à court terme.

Nous avons procédé à quelques ajustements sectoriels. Nous avons relevé le secteur Biens de Consommation non cyclique à Surpondérer à court terme. Nous avons abaissé le secteur Tourisme & Loisirs à Sous-pondérer à court terme et le secteur Media à Sous-pondérer à court terme et Neutre à moyen terme.

Nous conservons notre opinion Neutre à court terme et Sous-pondérer à moyen terme sur les produits obligataires. Nous avons relevé la note des obligations privées européennes à Neutre et abaissé celles des obligations convertibles à Sous-pondérer à moyen terme.

Dans notre allocation équilibrée, nous avons relevé marginalement le poids des actions aux Etats-Unis, dans les Pays Émergents et en Europe tout en allégeant les actions japonaises. Nous avons abaissé la pondération des produits de taux multi-stratégie obligataire, des obligations convertibles, indexées ou à taux variable et relevé légèrement celle des emprunts d’Etat périphériques et de la trésorerie.

 

Vincent GUENZI

Directeur de la Stratégie d’Investissement

Achevé de rédiger le 5 avril 2019.