La stratégie d'investissement

mars 2019

Nous avons relevé nos prévisions sur les indices mais nous sommes plus réservés à court terme.

Le mois de février a vu la poursuite des tendances engagées par les marchés financiers en début d’année : hausse des indices actions et des obligations privées. Les investisseurs ont continué à saluer les progrès annoncés dans le déroulement des négociations commerciales entre Américains et Chinois. Les marchés ont pu compter sur d’autres motifs d’encouragement comme l’amélioration du contexte monétaire. L’environnement économique mondial pourrait être caractérisé comme suit : une croissance un peu moins vigoureuse dont la lente dégradation qui durait depuis un semestre s’est atténuée ou interrompue en février. L’évolution du contexte géopolitique, économique et monétaire nous a amené à relever nos objectifs pour les indices actions à juin et décembre 2019. Cependant, à très court terme, nous sommes plus réservés car la confiance des investisseurs peut sembler excessive. Toute déception pourrait faire reculer les indices et permettrait d’effectuer des achats d’actions dans de meilleures conditions.


Le mois de février a vu la poursuite des tendances engagées par les marchés financiers en début d’année : hausse des indices actions et des obligations privées.
L’appétit pour les actifs plus risqués ne s’est pas démenti et a mené les indices boursiers au-delà des anticipations à court terme. Les investisseurs ont continué à saluer les progrès annoncés dans les négociations commerciales entre Américains et Chinois et le report de la hausse des droits de douane prévue pour le 1er mars. En effet, les négociateurs chinois semblent avoir fait preuve d’ouverture sur l’ensemble des requêtes américaines. Si un accord semble se rapprocher, sa conclusion n’est pas aussi imminente que les marchés l’espèrent et il ne faut pas exclure d’ultimes déceptions passagères.

Les marchés ont pu compter sur d’autres motifs d’encouragement. Le contexte monétaire s’est encore amélioré. Non seulement la Fed a décrété une pause dans le relèvement de ses taux mais elle s’interroge également sur la durée de la réduction de la taille de son bilan. Par conséquent, le risque de forte contraction des liquidités, qui inquiétait les investisseurs s’estompe un peu plus. Cette position restera favorable aux marchés tant que, aux Etats-Unis, la croissance restera suffisamment soutenue et que l’inflation sera contenue, ce qui est heureusement le cas en ce moment. Mais le dernier chiffre du salaire horaire américain s’est affiché en hausse de 3.4% sur un an, ce qui constitue une petite alerte.

En Europe, la BCE a montré également sa prudence en reculant l’échéance d’une possible remontée des taux à fin décembre 2019 et en proposant la mise en place d’une nouvelle tranche de financement à taux réduit pour les banques. Le but est de soutenir l’activité qui reste très fragile en Europe, notamment dans le domaine industriel. La consommation et les activités de services, résistent en général beaucoup mieux. Cette différence se constate aussi dans de nombreux pays émergents.

L’environnement économique mondial pourrait ainsi être caractérisé comme suit : une croissance un peu moins vigoureuse, toujours ralentie par les incertitudes liées aux négociations commerciales, par l’attentisme des industriels (dans le secteur automobile ou celui des biens d’équipement notamment). Les zones les plus faibles restent l’Europe (Italie, France, Royaume-Uni), le Japon et la Chine. Cependant, la lente dégradation qui durait depuis un semestre s’est atténuée ou interrompue en février, dans certains pays seulement et toujours grâce au redressement des services. Une levée de la menace protectionniste envers la Chine ou l’automobile européenne devrait donc, aux yeux des investisseurs, stimuler cette amorce de reprise de la croissance. Nous partageons cette analyse mais il faut bien constater que la longueur des négociations a prolongé le manque de tonus dans de nombreux pays. De ce fait, les anticipations positives des marchés peuvent paraître exagérées ou prématurées.

Qu’en est-il des autres facteurs d’incertitudes ? Ils sont restés assez stables. Un accord budgétaire est intervenu entre Démocrates et Républicains, ce qui a permis de lever la fermeture des administrations américaines qui commençait à peser sur l’activité du pays. Les Démocrates ont accepté de financer partiellement le renforcement des barrières à la frontière mexicaine mais Donald Trump ne s’est pas avoué vaincu et a décrété un «état d’urgence» afin de dégager d’autres financements pour « son mur ». Cette mesure est d’ailleurs en cours de contestation au plan légal.

Le feuilleton du Brexit s’éternise mais devra trouver une fin provisoire, probablement sous la forme d’une prolongation du statu quo actuel. Le retrait du Royaume-Uni serait donc assorti d’un délai supplémentaire. Le risque de sortie sans accord a encore diminué mais l’incertitude sur les modalités définitives du Brexit se prolongerait d’autant et il serait étonnant que l’économie anglaise en soit renforcée.

La situation politique et économique en Italie ne s’est pas vraiment améliorée mais ceci ne pèse pas trop sur les marchés italiens. De même, l’enjeu des élections européennes ne semble pas trop inquiéter les investisseurs.

L’évolution du contexte géopolitique, économique et monétaire nous a amené à relever nos objectifs pour les indices actions à juin et décembre 2019. En effet, les doutes sur la pérennité de la croissance semblent refluer. La stabilité des politiques des Banques Centrales constitue un soutien. De plus comme les estimations de résultats des entreprises ont été révisées en baisse assez substantiellement, les marchés actions et les analystes ne sont plus déphasés. Enfin, même si les valorisations des actions se sont redressées, elles ne paraissent pas aussi excessives qu’à l’automne dernier et l’optimisme des investisseurs n’est pas encore à son maximum. Avec ces nouveaux objectifs, le potentiel d’appréciation des indices s’établit respectivement entre 1 et 2% et entre 3 et 5%.

Cependant, à très court terme, nous sommes plus réservés. La progression des actions a été forte et régulière, toujours à la mesure du recul du pessimisme des investisseurs. Nous notons toutefois qu’elle a été un peu moins forte en février, et même si le mouvement de hausse a été large, moins de secteurs ont surperformé et des secteurs jugés défensifs se comportent mieux. Ceci laisse supposer que la hausse a été un peu trop rapide et que l’emballement des investisseurs est peut-être prématuré. Il suffirait de quelques déceptions sur les négociations commerciales ou sur la situation économique pour faire reculer les indices. Cela permettrait d’effectuer des achats d’actions dans de meilleures conditions.

 

Nous n’avons pas modifié nos recommandations globales sur les actions, toujours Neutre à court terme et Surpondérer à moyen terme. A court terme, nous surpondérons les Etats-Unis et les pays émergents. L’Europe et le Japon restent sous pondérés.

Nous avons procédé à plusieurs ajustements sectoriels. A court terme, nous avons relevé les secteurs Alimentation/Boissons, Assurance et Distribution à Surpondérer. Nous avons abaissé à Neutre les secteurs Media, Services Publics et Immobilier et le secteur Automobile à Sous pondérer. A moyen terme, nous avons relevé les secteurs cycliques Biens et Services Industriels, Chimie et Construction & Matériaux à Neutre.

Nous conservons notre opinion Neutre à court terme et Sous pondérer à moyen terme sur les produits obligataires et nous privilégions seulement les obligations émergentes.

Dans notre allocation équilibrée, nous avons continué à réduire tactiquement le poids des actions aux Etats-Unis, en Europe et à le remonter dans les Pays Émergents. Nous avons augmenté celui des emprunts d’Etat américaines, des obligations émergentes et privées européennes ainsi que des fonds de multi-stratégie obligataires. Nous avons réduit le poids des emprunts à taux variable ou indexés sur l’inflation.

 

Vincent GUENZI

Directeur de la Stratégie d’Investissement

Achevé de rédiger le 11 mars 2019.