La stratégie d'investissement

mai 2018

Le récent regain de confiance des investisseurs repose-t-il sur des bases suffisamment stables ?

 

Après deux mois de baisse, les indices actions ont sensiblement rebondi avec un retour de la confiance des investisseurs. Ce soulagement inopiné des marchés est-il durable alors que ceux-ci ont, avant tout, ressenti un recul des tensions géopolitiques. Sur le plan économique, les statistiques du mois ont été rassurantes. La hausse des indices actions s’est également appuyée sur les évolutions des taux et des devises et sur les bons résultats trimestriels publiés par les entreprises. Ce redressement des indices est encourageant et il a confirmé leur capacité de résistance à la baisse. Le rebond pourrait marquer une pause mais une nouvelle correction semble moins probable. Nos convictions à moyen terme sont renforcées et nous relèverons probablement nos recommandations sur les actions dans les prochaines semaines.

 

Après deux mois de baisse, les indices actions ont sensiblement rebondi. La hausse s’est faite de manière régulière avec un recul notable de la volatilité. Ceci témoigne d’un retour de la confiance des investisseurs. Pourtant, sur les marchés obligataires, les taux américains à 10 ans sont repassés brièvement au-dessus de 3% heureusement sans provoquer de sursaut similaire en Europe. La hausse continue des prix du pétrole n’a pas inquiété outre mesure. Ce soulagement inopiné des marchés est-il durable alors que l’environnement général ne s’est pas amélioré aussi largement ?

 

La nature des marchés est d’anticiper et ceux-ci ont avant tout perçu un recul des tensions. Les tractations entamées avec les Etats-Unis sur les droits de douane par la Chine, l’Europe, le Mexique, le Canada ou la Corée sont bien réelles. Dans certains cas, elles ont abouti à un accord (en Corée du Sud sur l’acier) ou bien elles ont permis de proroger l’ultimatum américain (jusqu’au 1er juin avec l’Europe). Le réalisme semblerait donc l’emporter sur l’intransigeance. Mais rien n’est encore acquis pour les Européens ou la Chine.

 

Sur le plan économique, la baisse des inquiétudes et des tensions protectionnistes a un impact psychologique positif. Mais, les statistiques publiées ces dernières semaines ont été également rassurantes.

Ainsi, la baisse de régime de la croissance américaine au 1er trimestre, largement anticipée, a été plus modérée qu’attendu. Si elle semble se poursuivre au mois d’avril, elle n’obère pas les perspectives de rebond au 2nd trimestre. Le rythme de la croissance en Europe s’est atténué comme celui des Etats-Unis mais l’activité semble déjà donner des signes plus encourageants. Enfin, au Japon et au sein des pays émergents, l’activité a accéléré en avril (en Chine, en Russie et en Inde notamment). Les craintes de ralentissement qui étaient apparues au mois dernier se sont donc avérées excessives.

Sur le plan géopolitique, les constats sont plus mitigés. Certes, le changement d’attitude de la Corée du Nord et le début des négociations est positif. L’authenticité de cette volte-face reste sujette à caution mais personne ne peut contester le réchauffement des relations avec la Corée du Sud et la tentative de conciliation avec les Etats-Unis. Nous en saurons plus dans quelques semaines.

En revanche, la Russie n’a pas échappé au durcissement des sanctions économiques. Ce n’est pas un retour de la guerre froide bien que les sujets d’affrontement diplomatiques soient nombreux (Syrie, Ukraine, Moyen-Orient). Mais le marché des matières premières s’en ressent compte tenu du risque de boycott vis-à-vis des producteurs russes de nickel ou d’aluminium. Dans le même temps, les Etats-Unis menacent toujours de sortir, d’ici le 12 mai, de l’accord nucléaire signé avec l’Iran si celui-ci n’est pas renforcé pas des mesures plus contraignantes pour l’Iran. Les efforts européens pour adoucir la position américaine ont été vains. L’incertitude persiste mais la pression exercée sur les prix du pétrole reste sans effet notable sur la consommation pour l’instant.

La bonne tenue des marchés financiers semble être également le résultat de l’évolution des taux, des devises et des bons résultats trimestriels publiés par les entreprises. Ces facteurs tout à fait réels ont joué différemment de part et d’autre de l’Atlantique. Ainsi, aux Etats-Unis, la reprise de la hausse des taux longs n’a pas fait baisser les indices actions comme en février. L’effet négatif a été compensé par la forte hausse des résultats et des révisions bénéficiaires des analystes financiers. Le faible gain sur les actions américaines a été amélioré par un gain sur le dollar. En Europe, l’impact des résultats des entreprises a été moindre. Mais la stabilité des taux longs et la hausse du dollar ont favorisé une réévaluation des titres des sociétés exportatrices. Les actions européennes, qui avaient davantage souffert lors des deux derniers mois ont rebondi plus fortement.

Au vu de tous ces éléments, le rebond des indices actions au mois d’avril ne semble pas infondé. Mais il a été très rapide et il pourrait marquer une pause. Certains facteurs positifs vont cesser à l’issue de la période de publication des résultats trimestriels. En outre, l’apaisement des tensions géopolitiques pourrait s’estomper temporairement.

Le mois d’avril nous aura confirmé la capacité de résistance à la baisse des marchés actions. Le redressement des actions européennes est très encourageant et une nouvelle baisse des indices semble moins probable. Nos convictions à moyen terme en sont renforcées. Nous relèverons probablement nos recommandations dans les prochaines semaines.

Nous avons très légèrement modifié notre allocation stratégique sur les actions. Nous conservons une recommandation Neutre à court terme et Surpondérer à moyen terme en privilégiant les actions européennes. Nous avons abaissé à Neutre la note à court terme des actions asiatiques. En Europe, l’indice CAC40 a été très performant grâce au poids des valeurs de luxe et de Total. Les autres indices de la zone euro, le DAX allemand notamment, nous semblent avoir accumulé un peu de retard.

 

Nous avons conservé nos prévisions pour tous les indices à fin juin et fin décembre. Les actions européennes nous semblent mieux orientées mais leurs évolutions prochaines dépendront encore de celles des indices américains dont la correction n’est peut-être pas tout à fait terminée.

Sur l’année 2018, le potentiel d’appréciation est compris entre 5 et 10 % selon les indices.

Au sein de nos recommandations sectorielles, nous avons abaissé notre opinion à court terme à Neutre sur l’Automobile, les Banques et les Biens et Services Industriels et nous l’avons relevé pour les secteurs Services Publics, Alimentation/Boisson et Biens de Consommation non cycliques. A moyen terme, nous avons en revanche abaissé la note de ce dernier secteur à Sous pondérer. Nous avons relevé la Distribution à Neutre et abaissé à Neutre le secteur Tourisme/Loisirs.

Nous maintenons un scénario de remontée graduelle des taux longs aux Etats-Unis, en direction de 3.15% d’ici à 6 mois, entraînant les taux allemands à 0.80%. Nous conservons notre opinion Neutre sur les produits obligataires à court terme et Sous pondérer à moyen terme.

Nous maintenons une position Neutre sur l’euro/dollar à court terme et Surpondérer à moyen terme. Nous conseillons de profiter de cette faiblesse de l’euro pour commencer à couvrir du risque de change des positions en actions américaines car la tendance de la monnaie unique devrait redevenir haussière à l’issue de cette correction.

Notre allocation d’actifs détaillée se trouve en page 14.

Dans notre allocation équilibrée, nous avons profité du rebond des cours pour alléger tactiquement le poids des actions en fin de mois, en le réduisant de 50.8% à 48.1%, essentiellement sur les actions européennes.

Dans la partie défensive, nous avons renforcé le poste de multi stratégie obligataire et les liquidités. Nous avons allégé le poste d’obligations souveraines américaines.

Sommaire 

Editorial-Synthèse

Economie: prévisions stables, redressement probable après un 1er trimestre un peu faible.

Marchés de taux d’intérêt : retour à la hausse des taux obligataires.

Marchés des changes et des Matières Premières : hausse du dollar et du pétrole

Résultats des entreprises, évolutions des secteurs européens.

Evolution des marchés actions et des valorisations : recul de l’aversion au risque.

Stratégie d’investissement : position neutre à court terme maintenue sur les actions.

Allocation d’actifs d’un fonds patrimonial Equilibré : allègement tactique des actions.

 

Achevé de rédiger le 7 mai 2018

Vincent GUENZI

Directeur de la Stratégie d’Investissement