La stratégie d'investissement

janvier 2019

Prudence encore maintenue à court terme.

La stabilisation des marchés ne s’est pas prolongée au-delà du mois de novembre. L’accumulation des déceptions les a plongés dans une succession de turbulences qui a douché les traditionnels espoirs de rallye de fin d’année. Nous ne contestons pas les motifs d’inquiétude des investisseurs mais les raisons d’espérer un redressement dans les prochains mois n’ont pas disparu. Il est cependant trop tôt pour anticiper un retour durable de la hausse des actions tant que les incertitudes économiques et géopolitiques persisteront. Ce constat nous amène à rester encore prudents à court terme et à ne pas augmenter dès maintenant la prise de risque en général. A moyen terme, nous restons confiants sur les placements en actions.

La stabilisation des marchés ne s’est pas prolongée au-delà du mois de novembre. L’accumulation des déceptions les a plongés dans une succession de turbulences qui a douché les traditionnels espoirs de rallye de fin d’année. Fait notable cependant, les marchés européens ont, cette fois, fait preuve d’une certaine résistance quand les marchés américains succombaient aux prises de bénéfices. A l’issue du mois de décembre, les grands indices boursiers, sauf aux Etats-Unis, finissent l’année 2018 en baisse sensible d’environ 13 à 14%, parfois beaucoup plus. Entre le plus haut et le plus bas de l’année, tous enregistrent des corrections, de l’ordre de 20% en moyenne.

La sanction peut paraître sévère. Mais elle ne fait que traduire la perte de repères, la baisse de la confiance et le recul de l’appétit pour le risque des investisseurs mondiaux. Au cours du mois de décembre, ceux-ci n’ont pas été convaincus par la reprise des négociations entre Américains et Chinois, ni par le discours de la FED jugé trop ambigu. Le comportement du Président Trump les a inquiétés également, ainsi que la situation politique, où le blocage législatif des élus démocrates, qui s’opposent à la construction du mur à la frontière mexicaine, a conduit à la fermeture partielle des Administrations pour un temps indéterminé. De plus, décembre a été marqué par des déceptions économiques, qui commencent à toucher les Etats-Unis, mais il nous semble toujours délicat d’extrapoler celles-ci. N’oublions pas que des corrections boursières de 20% sont fréquentes sans qu’elles soient suivies de crises ou de récession. Après de telles fluctuations, les réflexes de prudence s’imposent et deviennent consensuels, d’autant que de nombreuses incertitudes subsistent. Mais les raisons d’espérer un redressement dans les prochains mois n’ont pas disparu.

Sur le plan économique, le changement de perception s’est opéré principalement en Chine et aux Etats-Unis. Le ralentissement industriel chinois s’est transformé en stagnation, une première depuis 18 mois. Heureusement, l’activité est restée mieux orientée dans les services. Mais les plans de soutien engagés ont un impact faible et ils paraissent insuffisants face aux risques de dégradation supplémentaire si la guerre commerciale empirait.

L’économie américaine finit par enregistrer des signes de ralentissement plus large. L’industrie commence à ressentir le recul de la demande en Chine ou en Europe ainsi que l’attentisme consécutif aux tensions commerciales. Par ailleurs, la consommation reste forte, le chômage faible et l’emploi dynamique avec une hausse des revenus des ménages. C’est rassurant mais le recul des indicateurs de confiance des ménages ou des entreprises est troublant. Comme le mois dernier, des indicateurs de marché se sont dégradés, avec une baisse des taux longs, et un aplatissement de la courbe des taux ce qui accentue la perte de repère des investisseurs. Qui croire ? Les économistes, qui maintiennent globalement leurs perspectives de croissance, ou les marchés ?

En Europe, peu de progrès ont été enregistrés. Le ralentissement se prolonge. Ce n’est pas l’accord sur le budget italien remanié qui va relancer la croissance de la zone, trop sensible au commerce extérieur mais c’est un point positif pour les marchés italiens et le secteur bancaire. Le feuilleton du Brexit n’est toujours pas terminé et personne ne peut pronostiquer ce qu’il adviendra après le vote du parlement anglais prévu vers le 14 janvier. Mais l’échéance finale se rapproche et cette incertitude devrait avoir disparue dans quelques mois. La situation française n’est pas très réjouissante non plus tant que les gilets jaunes perturbent l’activité de notre pays. Pourtant, les mesures de soutien au pouvoir d’achat devraient accentuer la reprise de la consommation.

La confiance a du mal à revenir mais tout espoir n’est pas perdu.

Plus récemment, les Chinois ont montré des signes de conciliation en annonçant des mesures d’ouverture de leur marché. Le soutien monétaire et budgétaire a été accru. Donald Trump s’est montré confiant sur l’issue des négociations qui devraient se tenir la deuxième semaine de janvier. A nouveau, les marchés sont restés hésitants quant aux chances de désescalade. Pourtant, les difficultés qui s’accumulent des deux côtés pourraient conduire les deux parties à faire des concessions.

La bonne surprise est finalement venue de la FED en ce début d’année. Quand elle avait monté ses taux de 0.25% le 19 décembre, comme attendu, son Président Jerome Powell s’était montré vague, entrevoyant encore la possibilité de nouvelles hausses de taux alors que des menaces économiques commençaient à apparaitre. Dans les jours suivant son discours, la Bourse avait baissé de plus de 8%. La semaine dernière, il a fait machine arrière, indiquant que la FED ferait preuve de patience. C’est la confirmation de la pause que nous attendions et les Bourses ont repris 3.5% en un jour. Comme nous l’écrivions le mois dernier : « chaque fois que la FED a interrompu temporairement son cycle de durcissement monétaire (en 1967, en 1987, en 1995 et en 2016), un rebond marqué des actifs risqués a eu lieu ».

En résumé, nous ne contestons pas les motifs d’inquiétude et d’incertitude. La situation économique mondiale se dégrade lentement sous le poids de la menace protectionniste et de l’attentisme qui se généralise du fait de la perte de confiance des agents économique. Cependant, nous estimons que les Etats-Unis n’ont pas atteint le point final de leur cycle économique eu égard à la vigueur de celui-ci et à l’absence de surchauffe ou de déséquilibres comme l’inflation. En revanche, la croissance américaine devient plus sensible à l’adversité, que celle-ci vienne du comportement du président américain, de blocages politiques internes ou d’une guerre commerciale qui s’enlise. Les méthodes, peut-être contestables, employées par Donald Trump rendent les pronostics compliqués, mais il est trop tôt pour juger du résultat. En cas d’accord commercial avec la Chine, la confiance des investisseurs pourrait revenir très rapidement.

A fin décembre, tous les marchés avaient déjà intégré beaucoup de mauvaises nouvelles. Les taux longs avaient déjà reflué fortement. La baisse des actions reflétait des attentes de progression de bénéfices beaucoup plus faibles que celles du consensus des analystes et la valorisation des actions était repassée sous sa moyenne historique. Enfin, le moral des investisseurs était au plus bas. Après les premiers jours de baisse de janvier, les marchés étaient peut-être mûrs pour un petit rebond technique.

Il est trop tôt pour anticiper un retour plus durable de la hausse des actions tant que les incertitudes économiques et géopolitiques persisteront et que la volatilité des marchés restera importante.

Ce constat nous amène à rester prudents et à ne pas augmenter dès maintenant la prise de risque en général. A moyen terme, nous restons confiants sur les placements en actions. Des opportunités d’achat commencent à apparaître pour ceux qui veulent les saisir en étant patients.
Nous avons fortement abaissé nos prévisions pour les indices actions à juin et décembre 2019. A ces échéances, le potentiel d’appréciation s’élève respectivement à environ 5 % et 10%.

Nous n’avons pas modifié nos recommandations globale sur les actions, toujours Neutre à court terme et Surpondérer à moyen terme, ni les orientations géographiques.

Nous avons procédé à quelques ajustements sur nos recommandations sectorielles. Les secteurs Télécommunications et Services Publics sont relevés à Surpondérer à court et moyen terme. Le secteur Assurance est abaissé à Neutre à court terme. Enfin, nous adoptons une position Neutre à moyen terme sur les secteurs Pétrole et Produits de Base.

Nous conservons notre opinion Sous pondérer sur les produits obligataires. Nous avons néanmoins relevé notre recommandation à court terme sur les emprunts d’Etats les mieux notés à Neutre. En revanche, nous avons abaissé notre opinion à moyen terme sur les obligations à Haut rendement européennes à Sous pondérer.

Enfin, le rôle protecteur de l’or pourrait être renforcé par la neutralité attendue de la FED et nous relevons notre recommandation à Neutre.

Vincent GUENZI
Directeur de la Stratégie d’Investissement
Achevé de rédiger le 7 janvier 2019